Karl Olive : « Les marques qui continuent de jeter les invendus doivent être punies »

C’est l’histoire d’une équipe un peu baroque qui décide de s’allier pour mener une croisade contre le gaspillage. Deux anciens maires Karl Olive (Poissy, Yvelines) et Philippe Juvin (La Garenne-Colombes, Hauts-de-Seine), élus députés en 2022, ont un point commun : leur militantisme contre le gaspillage alimentaire. Les conseillers municipaux de l’époque ont tous deux signé la charte contre le gaspillage au niveau local. Ils se sont inspirés du maire adjoint de Courbevoie (Hauts-de-Seine), Arash Derambarsh, tueur d’invendus et lauréat du prestigieux prix Win Win du développement durable.

De la mairie à l’Assemblée, l’entremetteuse et deux nouveaux élus ont eu l’idée de rédiger un projet de loi transversal sur le sujet. Certes, la loi Garot, votée en 2016, permet déjà la distribution des invendus aux associations. Mais les deux parlementaires veulent redoubler d’efforts contre le gaspillage alimentaire. Leur projet de loi sera déposé au bureau de l’Assemblée d’ici la fin de la semaine. Pour le JDD, Karl Olive détaille l’esprit et le contenu de son compte.

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En 2016, une loi sur le gaspillage alimentaire avait déjà été votée. Pourquoi soumettez-vous un nouveau ? Aujourd’hui, une personne sur dix dans le monde peine à se nourrir, alors qu’en même temps en Europe, 20% de notre production alimentaire finit à la poubelle. En France, 10 millions de tonnes de denrées alimentaires sont jetées chaque année. Cela correspond à 150 kilogrammes par habitant et par an ! La loi Garot de 2016 est une très bonne loi, mais je pense qu’on peut aller plus loin. Nous devons déplacer le curseur si nous voulons atteindre notre objectif : réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2030.

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La lutte contre le gaspillage alimentaire ne sera plus une option mais une obligation

La loi oblige désormais les commerces alimentaires de plus de 400 mètres carrés à proposer des partenariats aux associations pour leur faire don des invendus alimentaires. Ce que vous proposez, la nouvelle loi vise à réduire de moitié ces seuils. Nous souhaitons que cette obligation couvre désormais les magasins de 200 mètres carrés. Cela toucherait 5 000 établissements supplémentaires. Des contrôles inopinés de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, ndlr) pour vérifier que les marques respectent la loi sont également envisageables. La grande majorité des supermarchés jouent aujourd’hui le jeu, mais un certain nombre ne le font pas parce qu’ils n’y sont pas obligés.

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Envisagez-vous des sanctions contre les marques récalcitrantes ? Nous devons être dans un contrat qui gagne. Ceux qui continuent de jeter les invendus ou de les rendre impropres à la consommation par le blanchiment doivent être punis. La lutte contre le gaspillage alimentaire ne sera plus une option mais une obligation. Il ne faut pas avoir d’humeur car le sujet du gaspillage et de l’accès à la nourriture nous concerne tous.

Et pour les bons étudiants ?De la même manière, pour ceux qui jouent le jeu, on peut imaginer une incitation fiscale. C’est quelque chose qui pourrait être cohérent.

Ce qui est bon pour le pays doit primer sur les intérêts des partis

Vous avez été sélectionné sous la marque Renaissance. Vous proposez cette loi avec votre collègue républicain, Philippe Juvino. Est-ce une manière d’illustrer la « nouvelle méthode » que souhaite le président Macron ? C’est d’abord un moyen de dépasser les clivages politiques. Ce qui est bon pour le pays doit passer avant les intérêts des partis. Nous comprenons, avec Philippe Juvin, que cette loi transcende tous les courants et fait l’unanimité.

Comment allez-vous faire cela, nous sommes au début du processus. Dès ce vendredi, nous lancerons un appel à tous les représentants pour cosigner le texte. Ensuite, nous aborderons chacun des présidents de groupe. Notre texte sera examiné en janvier, dans la semaine consacrée aux propositions législatives interpartisales.

Quel genre d’athlète êtes-vous, prévu ?Je ne peux pas croire une seconde qu’une initiative comme celle-ci se heurte à un obstacle. Nous aurons certainement des ajustements et c’est bien. Mais mon petit doigt me dit qu’on va trouver un large consensus car c’est une loi de bon sens qui répond aux aspirations des Français.